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C’est assez mathématique dans ma tête, c’est même très simple. À partir du moment où je ne peux plus prendre moi-même en charge ma santé entièrement parce qu’elle commence sérieusement à délirer, je vais voir un médecin. Et j’attends de l’aide de sa part. C’est le premier point ; le deuxième c’est qu’à partir du moment où j’ai une maladie qui dure dans le temps, et un traitement lourd, je suis pour une aide ponctuelle dite de « thérapie alternative ». Que ce soit de la relaxation, de l’acupuncture, un massage, une technique énergétique… c’est d’ailleurs souvent conseillé, parce que les douleurs et les désordres physiologiques « stressent » le corps (normal), que la vie est un peu chamboulée et qu’un peu d’aide pour souffler n’est pas de refus…

Mais ça, c’était avant. Plus ça va, plus ma déception prend des proportions impressionnantes ; plus ma confiance en toutes ces aides s’étiole. Là où je vais chercher du mieux-être, je ne reçois que des phrases culpabilisantes. Quand des proches me parlent de telle technique qui les a vraiment aidés, ou qui les a détendus sur le moment, je me demande par quel miracle ils ont cette chance, eux. De mon côté, je ressors toujours plus embrouillée qu’avant, et je dois réunir encore plus d’énergie pour faire face, cette fois, au malaise que je ressens intérieurement.

La médecine classique et ses maladresses, c’est une chose. Quand j’étais petite, je trouvais ça bien triste que les médecins considèrent le corps comme une machine isolée de l’être humain. Maintenant, je trouve ça dommage qu’ils s’y intéressent… il y eut tant de moments où j’aurais préféré qu’ils considèrent mon corps comme détaché de ma personnalité. Nous aurions ainsi évité bien des phrases culpabilisantes telles que « c’est dans la tête » et « il faut arrêter de stresser » (là où ça n’avait pas lieu d’être).

Bon, mais quand j’en viens à ne même plus faire confiance à « l’autre côté », ceux qui sont supposés être une aide complémentaire à la médecine classique… ce côté qui m’a tant intéressée que j’y ai fait des formations… je suis dégoûtée. Ma façon de voir ce panel de pratiques est à mille lieux de la réalité, semble-t-il. Je m’imagine un thérapeute qui n’est pas dans le jugement, qui accueille l’autre, qui lui apporte des outils pour tendre vers le bien-être, sans rien forcer, en silence si nécessaire. Sans se prendre pour un demi-dieu ou un psychothérapeute. Juste des méthodes de soulagement du corps, ou du mental, simplement ça ! J’en ai tellement rencontré qui ont un tel égo surdimensionné qu’ils se hasardent à commenter des symptômes physiques alors même qu’un suivi médical est en route. Ces même personnes jouent souvent le rôle du couteau qui remue la plaie, à charcuter la psyché pour chercher la source des soucis, même quand ils n’y sont pas invités ou qu’une psychothérapie est elle aussi déjà en place (ou simplement que rien de tout ça n’est utile)… comment on peut en arriver au point où l’on se croit capable de résoudre tous les petites et grandes problématiques d’une vie d’une personne qu’on ne connaît même pas ? Comment peut-on en arriver à penser qu’un simple être humain puisse tout comprendre des dessous d’une vie ?

Ce que je trouve formidable en présence de telles personnes, c’est que j’ai l’impression que ça y est, ils ont percé tous les mystères de l’Univers. Et que ce serait un tel gâchis de ne pas forcer le partage avec autrui… ce qui est triste, c’est que j’aurais beaucoup à dire sur ce que je découvre chaque jour un peu plus dans ce milieu-ci.

Alors que j’aime profondément certaines de ses méthodes. Quand je pense à un massage bien fait, à l’échange silencieux entre des mains qui se font outil et un corps qui appelle le bien-être et parle de lui-même de ses souffrances… finalement, rien ne parle mieux que le silence. Quand je pouvais encore en faire, je m’imaginais bien travailler lorsque mes mains n’étaient qu’un réceptacle. Nul besoin de sur-réfléchir, sur-analyser, aller chercher plus loin que l’horizon… il y a une sorte de magie qui se crée lorsque le cœur s’ouvre et qu’il laisse parler « autre chose ». Quoi, je ne sais pas, et je ne veux pas savoir.

J’aurais aimé que l’on m’épargne ce besoin oppressant de tout expliquer pour se rassurer, parce qu’on ne supporte pas de voir la maladie ou d’être en contact avec l’inconnu. J’aurais aimé me sentir vraiment dans une bulle de relaxation, et pas au pays de la culpabilité, encore une fois. Un temps pour moi, pas pour refaire le monde, ma vie, mon karma et plus encore. Un temps pour trouver dans le silence la détente qui n’a pas besoin de toutes ces fioritures pour être.

12 Replies to “La culpabilité à tous les coins de rue.”

  1. Je découvre ton blog, et tu n’imagines pas comme je te comprends. Je connais bien l’errance médicale, qu’elle soit en médecine classique ou alternative, et je dois vivre au quotidien avec une maladie orpheline compliquée. Effectivement, on aimerait que les praticiens alternatifs soient dans la bienveillance et l’écoute. Mais comme toi, mes expériences ont été douloureuses, physiquement et mentalement. Entre l’acupunctrice qui fait exprès de t’écorcher la peau en retirant les aiguilles, laissant des cicatrices pendant des mois, le masseur qui te laisse des bleus et des commentaires dégradants sur ton physique, ceux qui ont eu une révélation cosmique et délirent complètement et sont méprisants quand tu ne rentres pas dans leur délire… Maintenant, à chaque fois qu’on me dit « tu devrais essayer tel truc, ça a soulagé oncle Machin », je demande si le praticien est remboursé par la sécu. Certes la médecine classique a des défauts, mais il y a un certain contrôle niveau porte-monnaie (quoique je pourrais écrire un bouquin sur certains médecins qui te pompent ton compte en banque). Je ne comprend pas pourquoi on culpabilise le patient, il n’a pas demandé à être en souffrance. Mais peut-être que c’est aussi une réaction de protection mentale pour ne pas s’épuiser à avoir de l’empathie pour les gens.

  2. Je suis désolée que tu me comprennes si bien, puisque cela veut dire que tu connais bien toutes ces épreuves difficiles ! Je suis toujours hallucinée de lire le genre d’expérience que tu as eu. Ces praticiens sont à fuir de toute urgence, ton témoignage montre bien que ce n’est pas parce qu’on se prétend « thérapeute bien-être » que l’on est forcément bienveillant, malheureusement. Je ne sais pas non plus pourquoi certains agissent ainsi… j’ai remarqué que c’est parfois une façon de se sentir supérieur, d’écraser l’autre ; et parfois une fuite de la réalité pour eux (celle de croire en un karma qui explique tout – celle de croire qu’en agissant parfaitement dans la vie tout ira bien !).
    Heureusement qu’il reste aussi bien des thérapeutes que des médecins humains, empathiques et bienveillants ! Mais je trouvais important de parler de ce genre d’expérience, ce n’est pas histoire de dire qu’il faut être méfiant partout, mais que la méchanceté (voire la maltraitance dont tu parles) peut se trouver partout, même là où on ne l’attend pas.
    Je te souhaite de rencontrer à l’avenir des gens qui soulagent et aident vraiment 🙂

  3. Merci, oui j’espère un jour trouver des praticiens ouverts et bienveillants ! Je pense qu’il y a un gros complexe du sauveur, et face à leur propre incapacité à sauver les gens, ils développent une agressivité pour se défendre mentalement. Il y a aussi cette fuite de la réalité, ce que j’appelle « avoir 4 ans d’âge mental et se dire que si on ferme bien fort les yeux et récite les bons mots, tout ira bien ». La vie est un peu plus complexe que ça. Effectivement, tu fais bien d’en parler. C’est bien que les gens puissent lire que si la médecine alternative n’a pas marché pour nous, ce n’est pas de notre faute ou que nous n’y avons pas cru assez fort. Merci de partager tout ça, je sais que ce n’est pas toujours évident de se confier sur le quotidien de la maladie

  4. Oui je pense qu’il y a complètement de ça aussi ! Je n’aurais pas pu mieux l’expliquer ^^ car oui, la vie est plus complexe que ça… il faut dire aussi que l’on nous met constamment en tête que tout peut être facile en un claquement de doigts, et avec la « mode » du bien-être ça atteint aussi ce domaine-là.
    Merci à toi de m’avoir lue ! C’est bien vrai, mais je t’avoue que parfois la révolte prend le pas sur la difficulté d’en parler. Surtout quand je vois que je ne suis pas la seule à vivre ce genre de situation à vrai dire.

  5. C’est vrai, nous sommes dans une société de la gratification immédiate, et du corps parfait, alors que par définition guérir ou se remettre ça prend du temps. C’est étrange car d’un côté on parle de méditation, prendre soin de soi, mais de l’autre côté tout doit être efficace et rapide. Or un patient, comme le dit le mot, ça doit être sacrément patient car le corps peut magnifiquement se réparer, mais il lui faut du temps et beaucoup de soin pour ça. Et la société n’est pas prête à comprendre que nous avons besoin de temps, que nous n’allons pas au même rythme et qu’une maladie chronique ne va pas débarrasser le plancher avec un doliprane, merci beaucoup !Ca me fait très plaisir de t’avoir découvert ! Je comprend cette révolte, je l’ai parfois, j’ai même songé à écrire un livre sur la maltraitance du corps médical envers les patients, mais je n’ai pas le courage de me replonger dans tous ces mauvais souvenirs.

  6. Oui, c’est tout à fait ça. Et puis on parle de s’accepter, d’accepter toutes les épreuves de la vie et à côté de ça il faut être blanc comme neige, sinon c’est qu’on a mal fait quelque chose (ou le karma ou d’autres choses encore). Oui ! Le terme patient veut tout dire, je suis bien d’accord ! Je n’y pensais pas mais ça prend tout son sens :-). Ça me fait très plaisir aussi :-), de t’avoir découverte et de partager un peu là-dessus. Ah je comprends… il faut aussi essayer de réparer les plaies que ça laisse et ça aussi ça prend du temps… c’est tellement bête de rajouter de la peine à la peine, de la part de personnes supposées aider. Tu connais le blog de Baptiste Beaulieu (www.alorsvoila.com) ? Ce médecin qui relaie parfois des témoignages de victimes de maltraitances médicales ? Je trouve ça vraiment bien qu’il en parle, surtout pour un médecin. Rien que de savoir que ça existe, même sans lire les témoignages qui peuvent peut-être replonger dans des expériences douloureuses, ça m’aide personnellement.

  7. Oui comme toi je suis souvent confrontée aux remarques du type « si ça ne marche pas pour toi c’est que tu l’as mal fait », j’ai souvent eu ça après avoir arrêté les régimes vegan et végétariens par exemple, personne ne veut entendre qu’avec allergies multiples mon métabolisme n’est pas adapté. Ou plutôt, voilà une preuve de la culpabilisation, c’est le régime qui n’est pas adapté, pas moi ! J’avoue qu’en tant que blogueuse old school, je m’efforce de montrer les choses comme elles sont, je ne veut pas que mes lecteurs pensent que j’ai une vie parfaite et se culpabilisent. Oui je connais bien Baptiste Beaulieu, je lisais son blog au début de ses études de médecine ! Impressionnant de voir où ça l’a mené. Par bien des côtés, ça me rappelle le docteur Oliver Sacks, qui a lui aussi écrit des cas de patients et qui avait beaucoup d’empathie, ça m’a énormément aidé à tenir le coup lors de l’errance et du diagnostic.

  8. Et oui, tant qu’on ne l’a pas vécu il y en a qui ont du mal à imaginer à quoi ça peut ressembler, une alimentation « adaptée » à ce qu’on peut avoir :-(. C’est vrai que chacun a sa vision du « blog », mais j’apprécie le fait de montrer les choses telles qu’elles sont ! On sait assez ce que c’est d’être culpabilisé 😉 Oh d’accord, c’est marrant ! Tiens je ne connais pas ce Dr, je jetterai un oeil. Heureusement qu’il y en a comme ça qui aident à tenir le coup !

  9. Comme tu dis vrai ! On attends des médecines alternatives tout ce qu’on n’attend plus de la médecine classique mais bien souvent que de déceptions…Il y a tellement de praticiens imbus de leurs personnes et qui se croient au dessus de tout, comme tu le dis si bien que ça nous décourage tant. Où sont les médecins/praticiens avec de bonnes motivations, une éthique… Celle de placer le patient au centre de toutes les préoccupations, de ne pas être dans le jugement. Car après tout, ce ne sont pas eux qui souffrent. Je suis en train de lire un livre du professeur Peronne (La vérité sur la maladie de Lyme) et je le trouve tellement ouvert et avec un grand cœur. Des médecins comme il n’en existe que très peu. Il dit : De quel droit tant de médecins ignares déclarent-ils avec aplomb à leurs malades :  » Les symptômes que vous décrivez sont impossibles ». Certains médecins devraient relire le Petit Prince de St-Exupéry et ces paroles que l’auteur prête au renard :  » on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ». Je te souhaite bien du courage dans ton parcours et de rencontrer des personnes qui sauront t’écouter pour mieux te soulager. Pleins de bonnes pensées pour toi.

  10. Absolument ! Je viens tout juste de finir ce livre du Dr Perronne, une vraie perle. Merci de m’avoir rappelé cette citation, elle dit tout ! Au moins là-dessus on a de la chance que ce médecin/professeur s’exprime et soit comme tu le dis ouvert. En tous cas c’est ce qui ressort de ce livre qui je l’espère touchera certains coeurs et esprits.
    Merci pour tes encouragements, je te souhaite pareil, surtout d’aller sûrement vers la guérison 🙂 et bonne lecture !

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